Mine-De-Rien

L’EXTRA-LUCIDE, LES ÉRUDITS ET L’ARTISAN (histoire pour adultes) by Trapatsoum

C’est l’histoire d’une petite fille qui souffrait depuis toujours de ne point avoir été acceptée telle qu’elle était venue au monde, avec sa mission de vie, ses goûts, ses limites, ses talents et dons… et avait toujours été qualifiée par son entourage de fille ordinaire, et par sa famille de fille dérangée.

Un jour, les douloureuses épreuves de sa vie firent qu’elle se trouva seule pour un temps, en retrait du monde. Alors, elle observa ce monde duquel elle se sentait rejetée, à travers ses yeux d’enfant naïve. Et elle comprit ce que la masse des humains qui l’entouraient trouvaient d’admirable chez les autres.

Alors, comme elle avait un don pour le théâtre, (elle aurait pu devenir actrice professionnelle), elle se créa le personnage qui selon elle ne pourrait que plaire à ceux là même qu’elle appréciait dans le monde extérieur et au sein desquels elle rêvait de s’intégrer depuis si longtemps…

Elle se fit voyante extralucide, et réussit même à se faire un nom dans la profession. Tant qu’elle régna au royaume des aveugles, l’enfant, devenue adulte se sentit admirable, persuader d’être en train de réussir sa vie, nageant dans un tel bonheur, qu’elle en oublia même qu’elle jouait un rôle. Elle était persuadée d’être une voyante extralucide.

Et puis un jour, elle se lassa de cette vie. Elle eu envie de changement, se rendant compte que les personnes que naguère elle avait trouvées si admirables, étaient devenues bien ennuyeuses, avec leurs petites vies monotones. Elle voulu voyager, déménager, bref, aller à la rencontre de nouvelles personnes. Elle se dit qu’il lui suffirait de trouver un groupe de personnes intéressées par la parapsychologie pour se constituer un autre réseau relationnel, puisqu’elle était voyante extralucide.

Alors elle s’installa dans une ville réputée pour être la capitale de la parapsychologie où elle ne doutait pas qu’elle trouverait là une place de choix, de l’Amitié et de la reconnaissance parmi les siens. Elle était extra lucide depuis déjà tant d’années…

A peine fût elle installée dans sa nouvelle demeure et commença-t-elle a parler de son extra lucidité aux premières personnes qu’elle croisa, que la nouvelle se répandit qu’une femme hors du commun venait de s’installer dans la ville ! Alors une foule vint à elle pour la questionner car ils virent en elle une potentielle enseignante, ou une chercheuse expérimentée. Et les habitants de cette ville étaient conscients des limites de leurs connaissances, et désireux d’évoluer et d’étudier toujours davantage, comme ils le faisaient depuis de nombreuses années déjà.

Alors ils la pressèrent de questions sur l’origine de ses facultés extrasensorielles… car ils avaient rarement rencontré d’extralucides.

Paniquée de ne savoir quoi répondre, et ne comprenant pas elle-même pourquoi elle ne se souvenait pas de l’origine de ses dons, elle paniqua et c’est avec colère qu’elle répondit aux chercheurs curieux qu’ils n’avaient pas besoin de savoir d’où elle tenait ses capacités, que ce serait leur révéler son intimité que de leur répondre, que leurs questionnements étaient irrespectueux et indiscrets et qu’elle souhaitait qu’ils cessent de la presser ainsi de questions. Elle voulait juste les aider avec ses dons et trouvaient qu’elle en était très mal remerciée.

Certaines personnes, pas du tout habituées au moindre comportement agressif, se réunirent pour essayer de comprendre ce qu’il se passait. Bien entendu, puisque notre extralucide se sentaient malmenée d’être questionnée par les gens de la ville, elle ne fût pas conviée à leurs réunions.

Alors commença pour elle une triste vie où elle revécu le rejet qu’elle avait déjà dû endurer durant son enfance. Cette situation devint pour elle insupportable, attisant tant le chagrin de la petite fille meurtrie qui se réveillait en elle, que la haine de l’adulte rejetée par ceux là même dont elle était persuadée qu’elle allait être aimée et persuadé qu’elle les aimait elle aussi.

Quelques temps plus tard, une autre femme vint s’installer en ville. Elle alla vers les gens le sourire aux lèvres, heureuse de rencontrer ses semblables, parmi lesquels elle allait vivre quelque temps. Elle alla aussi vers notre extralucide avec la même chaleur humaine et discuta avec elle. Elle lui dit qu’elle connaissait des extralucides, mais qu’elle n’avait pas ce don, étant artisan et fabriquant des objets en osier.

L’extralucide pleura sur l’épaule de l’artisan à chaudes larmes. Cette dernière compatit, et lui dit qu’elle savait que les gens qui étaient différents étaient souvent rejetés par les autres. Elle la consola et lui conseilla de changer de métier et de garder son don pour elle.

Puis, elle partit discuter avec le reste du village. Elle découvrit alors une population humble et érudite, ouverte et chaleureuse, une vraie famille pour elle qui était orpheline.

Elle leur offrit toute sorte d’objets en osier car c’est un art qu’ils ne maîtrisaient pas et même ne connaissaient pas. Reconnaissants, les plus instruits lui enseignèrent à ouvrir son cœur et à écouter Dieu en elle. Rapidement, bonne élève, elle sentit en elle la Foi grandir et le bonheur aussi. Elle oublia complètement qu’elle était orpheline parmi ces gens qui la traitaient comme leur sœur. En quelques mois, l’artisan fût adoptée par le village.

Elle observa l’extralucide dont la haine à son égard ne cessait de grandir.

Une nuit qu’elle se promenait pour observer les étoiles, elle entendit l’extralucide pleurer à chaudes larmes. Elle était assise au bord de la rivière, secouée de sanglots, l’esprit rempli d’incompréhension et de sentiment d’abandon.

Alors notre artisan s’approcha d’elle et lui demanda de lui ouvrir son cœur pour soulager sa souffrance. Une pluie d’étoiles filantes submergea le ciel de sa lumière argentée et éclatante. L’extralucide lui raconta sa triste vie, et lui avoua qu’elle n’avait en réalité aucun don.

Alors l’artisan lui répondit : « Bien sûr que si tu as un don ! Tu portes en toi une étincelle de Dieu, comme tout être humain, comme tout être vivant !»

– « Non se plaignit l’éplorée, Dieu ne m’a jamais donné la moindre étincelle, Dieu ne m’aime pas ! Comment Dieu aurait il pu me donner une famille aussi cruelle, tant de mépris et de rejet s’il avait mis en moi une étincelle de lumière ? »

– « Mais bien sûr que si, tu portes une étincelle divine, regarde un peu ce don que tu as et dont je suis incapable ! Regarde ce talent de comédienne que Dieu et ta famille t’ont donné ! » ; « Ne vois-tu pas tout ce que tu pourrais faire de cette compétence naturelle ? »

Alors séchant ses larmes elle se souvint des artistes qui jouaient dans le théâtre de son enfance et qui l’avaient tant fait rêver…

Depuis ce soir, jamais plus elle ne pleura, et l’artisan fût jusqu’à sa mort sa meilleure amie. Elles se rencontraient à toutes les fêtes du village durant lesquelles elle était accueilli par tous à bras ouverts, et racontait aux enfants en mimant avec passion et un sourire radieux sur le visage, les plus belles histoires pour les faire rire et rêver du monde féérique qu’elle leur faisait découvrir.

La fausse extralucide était morte un soir sous une pluie de lumière et à sa place une étoile était née.

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